Octobre Rose : cancer du sein et sexothérapie

Selon l’Inserm, le cancer du sein est le plus fréquent des cancers de la femme (plus de 50 000 nouveaux cas par an). Les répercussions des traitements oncologiques (outre leurs effets secondaires classiques) concernent la qualité de vie des patientes, leur image du corps, leur estime de soi, mais également leur sentiment de féminité et leur sexualité. Or, cette dernière est encore trop peu abordée et trop peu accompagnée par les équipes médicales. Quelle est donc l’utilité de la sexothérapie en cas de cancer du sein ?

Symbolique du sein, mastectomie, et reconstruction mammaire 

Le sein est un attribut hautement féminin, hyper investi, ayant une double fonction (maternelle et érotique) et particulièrement valorisé socialement. Il participe à l’identité sexuelle féminine, et relie la femme aux archétypes sociétaux féminins.

Perdre son sein pour une femme est une blessure narcissique profonde. En effet, cela équivaut à une perte de repères (par rapport à son identité sexuelle), du sentiment d’être encore une femme désirée et désirante (séduction, désirabilité), et de ses qualités de mère (nourriture, protection).

Le cancer du sein constitue donc une atteinte des rôles sexuels féminins (rôle d’épouse, de femme, d’amoureuse, de mère, etc.), qui sont de véritables archétypes très encrés dans l’inconscient collectif. Une entrave à ses rôles peut être à l’origine de sentiments intenses de culpabilité, d’impuissance, d’incapacité, pouvant eux-mêmes aboutir à un authentique effondrement dépressif.

Par exemple, en cas d’infertilité induite par certains traitements (hormonothérapie), il est très difficile pour la femme de s’identifier à cette vision archétypale de la mère qui donne la vie, protège et nourrit, alors très encrée dans l’imaginaire individuel et collectif.

La sexothérapie pourra donc accompagner la patiente durant cette épreuve, la préparer psychologiquement à la mastectomie, accueillir ses angoisses et questionnements, l’aider à travailler sur son image du corps et son sentiment intrinsèque de féminité, et informer le couple des conséquences directes et indirectes de la chirurgie sur les plans physiques, affectifs et sexuels.

octobre rose

La sexothérapie durant les traitements 

Malgré des préjugés très encrés, la patiente atteinte d’un cancer du sein reste une femme désirée et désirante (même si elle ne se considère plus comme telle, et qu’elle est épuisée et angoissée), et à ce titre, peut tout à fait, si elle le souhaite et si elle le sent, bénéficier d’une vie sexuelle adaptée aux différentes phases de traitements qu’elle traverse.

D’une part, le cancer du sein touche profondément la femme dans sa féminité et son identité sexuelle. Durant la prise en charge oncologique, son corps change, et sa réponse sexuelle se modifie. Les traitements et leurs effets secondaires la fatiguent, et inhibent temporairement désir et plaisir.

D’autre part, l’atteinte de cette zone hautement symbolique ainsi que les répercussions temporaires mais aussi parfois permanentes des traitements sur sa fertilité (aménorrhée, ménopause induite, etc.) mettent gravement en danger son identité personnelle et féminine. La patiente peut alors éprouver un véritable sentiment d’étrangeté face à ce corps qui se modifie et qu’elle ne reconnaît plus.

Le sexothérapeute joue alors un rôle essentiel, et ce depuis l’annonce du diagnostique : il peut lui proposer un cadre pour élaborer autour de ses inquiétudes, travailler sur son sentiment de féminité et sur son propre rapport au sein et au féminin. Ils peuvent anticiper ensemble les modifications corporelles et de la réponse sexuelle, et adapter la sexualité aux différentes phases du traitement et à l’état de la patiente. Ce professionnel a donc un rôle à la fois pédagogique, éducatif, d’écoute et d’élaboration psychique.

Et le couple dans tout cela ?

Le cancer du sein impacte l’intimité du couple. Bien souvent, la sexualité est reléguée au second plan (à cause des traitements, de la fatigue parfois extrême, de l’angoisse, etc.), et la relation se « désérotise » progressivement.

Or il est important de restaurer le plus possible l’intime. La sexothérapie permet alors d’adapter la sexualité à l’état de la patiente : retrouver une tendresse, des gestes d’amoureux, discuter autour de l’aménagement de l’espace afin qu’elle se sente plus à l’aise, éviter certaines zones ou positions sexuelles douloureuses…

Il a été prouvé que de simples câlins provoquaient la sécrétion d’hormones d’attachement et de bien-être (ocytocine et endorphines). Préserver ces gestes au sein du couple permet donc de sortir un peu de la maladie et de retrouver a minima une détente physique et psychique. Et on sait à quel point cela est important dans la gestion quotidienne de la maladie !

couple câlins

Après-cancer et rémission, réapprivoiser son corps et pallier aux troubles sexuels, quid de la reconstruction mammaire

La prise en charge sexothérapeutique consiste à ce moment-là à accompagner la patiente dans la réhabilitation progressive de son corps, à restaurer son sentiment de féminité, et à aménager sa relation de couple. Il s’agit également d’un véritable travail de deuil d’une des pierres angulaires de l’identité féminine.

On se situe ici dans un registre symbolique et corporel, d’acceptation et de restauration de ses qualités féminines : trouver de nouveaux repères, apprendre à accepter et aimer ce « nouveau » corps, le considérer de nouveau comme un objet de désir et de plaisir, et de passer de la symbolique du corps malade à celle du corps sain, sexué, désirable et érotisé.

Il s’agit également de réapprendre à se regarder avec bienveillance, toucher, caresser et masser ses cicatrices avec douceur et amour. Le partenaire peut être petit à petit inclu dans ce travail. L’objectif est de réinvestir son corps et celui de l’autre, le réhabiliter à la sensualité, puis au désir et à la sexualité.

Par ailleurs, une patiente sur trois présente un trouble de la sexualité après un cancer du sein, notamment une baisse de libido (liée à l’hormonothérapie, à la fatigue physique et morale persistant souvent après la fin des traitements, ainsi qu’au sentiment de ne plus être une « vraie » femme). Le sexothérapeute accompagnera la patiente dans l’adaptation de sa sexualité et la réhabilitation de sa confiance en elle.

Par ailleurs, concernant l’aspect maternel, tout dépendra de l’effets à long terme des traitements. Si sa fertilité est préservée, la sexothérapie aidera la patiente à s’inscrire si elle le souhaite dans un projet parental à plus ou moins long terme, en palliant aux différentes angoisses et questionnements éventuels. Si en revanche sa fertilité n’a pu être sauvée, il l’accompagnera dans le deuil de sa fécondité et de ses éventuels désirs de maternité.

Enfin, la reconstruction mammaire (tout comme la chirurgie conservatrice, de par les déformations du sein « malade » et les disparités avec l’autre sein qu’elle provoque indirectement) ne pallie que partiellement à ce sentiment de dévalorisation, la reconstruction n’effaçant effectivement pas le cancer, et le sein reconstruit n’étant jamais une restitution du sein d’origine. Le travail de la féminité ne saurait donc se limiter à une opération chirurgicale, et faire le deuil du sein perdu est primordial, que ce travail introduise ou non une reconstruction mammaire par la suite.

Conclusion

Le cancer du sein ébranle énormément les assises narcissiques et féminines des femmes qui en sont victimes. La sexothérapie a donc un rôle majeur à tenir dans la réhabilitation des qualités féminines, et devrait à mon sens être davantage proposée dans les services d’oncologie, en tant que soin de support.

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