Répercutions psychologiques du confinement

Nous sommes maintenant confinés depuis plusieurs semaines. Le confinement n’est pas le même pour tous : seul ou accompagné, parfois en famille, dans des lieux de vie plus ou moins spacieux avec ou sans espace extérieur, en travaillant, télétravaillant, sans activité …

Quel que soit le type de confinement que l’on vit, cette période a provoqué une perte de repères, à laquelle il a fallu s’adapter (et peut-être que certains se trouvent toujours dans cette phase d’ajustement); de plus, les répercussions psychologiques causées par les restrictions de libertés et de vie sociale peuvent être importantes et méritent de l’attention ainsi que des accompagnements variés (psychothérapie, médications, médiations diverses …).

Ce nouveau cadre de vie est certes temporaire, mais composer avec est nécessaire, et cela vient mettre à mal notre santé psychique à tous, à des degrés divers.

Chez les personnes ne présentant pas de trouble psychiques au préalable 

Nous vivons actuellement une crise sanitaire sans précédent. Cette crise inédite, associée à des restrictions de libertés, à une absence de vie sociale, ainsi qu’à l’inquiétude quant à l’évolution de la situation et de l’épidémie peuvent être source de stress et d’angoisses, alors difficiles à évacuer en raison des sorties limitées imposées, qui empêchent de fait de les endiguer facilement (en allant à son cours de sport, voir son psychologue en cabinet, se détendre avec des amis, etc.).

Le confinement vient alors, de par la privation de liberté qui lui est intrinsèque, augmenter le stress et les angoisses liés à la situation sanitaire qu’il est censé gérer à la base.

Par ailleurs, le fait d’être confronté à soi-même toute la journée, d’exprimenter la solitude et l’ennui, donne tout le loisir et la place à des problématiques non réglées de remonter à la conscience. En effet, il n’est alors plus possible d’éviter ces dernières de par une vie sociale et professionnelle effrénée. La course s’arrête, le temps est actuellement en suspens.

C’est ainsi que des questionnements existentiels, conflits non réglés voire véritables traumas sont susceptibles d’émerger. Ils peuvent alors plonger les individus dans une profonde détresse se traduisant par différents symptômes pouvant aller des ruminations à un véritable syndrome dépressif, en passant par des troubles du sommeil ou encore de l’anxiété.

Enfin, de nombreux psychologues et psychiatres ont évoqué le risque de voir apparaître chez certains d’authentiques états de stress post traumatiques liés au confinement, aux angoisses de mort réactivées par l’épidémie, au deuil de proches auxquel on n’a pas pu dire au revoir en raison des consignes sanitaires, ou encore à l’exposition prolongée au virus (je pense notamment ici aux personnels soignants particulièrement confrontés actuellement à des situations dramatiques et à de nombreux décès de patients dans des conditions très difficiles. La notion de traumatisme vicariant prend ici tout son sens).

Chez les personnes présentant déjà des difficultés psychiques 

Chez les patients présentant une pathologie psychiatrique stabilisée, en raison du stress global lié à la situation, le risque de décompensation est plus élevé actuellement (phase dépressive ou maniaque dans le cadre d’un trouble bipolaire, rechute dépressive avec idéation suicidaire, angoisses psychotiques …), et les hospitalisations parfois nécessaires se font alors dans des conditions qui de fait rendent la guérison plus compliquée (visites interdites, fermeture de certains lieux d’hospitalisation de jour, difficultés à maintenir le lien social pour des patients pour qui ce serait justement thérapeutique, etc.).

Sans aller non plus jusqu’à la décompensation, de manière générale, ces patients déjà suivis peuvent voir augmenter de manière significative leurs symptômes qui d’ordinaire sont plus ou moins maîtrisés (par la chimie et la psychothérapie) : angoisse de mort, anxiété, troubles anxieux généralisés, hypocondrie (avec la peur justifiée cette fois-ci d’être contaminé, et les répercussions que cela peut avoir en terme de saturation des lignes d’urgence, de consultations chez le médecin, d’exposition au virus dans les cabinets médicaux et services d’urgence, etc.), syndromes dépressifs (avec idéation suicidaire), TOC et rituels de lavage …

conséquences psychologiques du confinement

Que faire pour prévenir un maximum la survenue de troubles ou éviter la rechute ?

D’une part, si la personne est sous traitement psychotrope, l’observance est indispensable, avec réévaluation régulière par le psychiatre traitant. Notons d’ailleurs que les ordonnances sont automatiquement renouvelées en cas d’impossibilité de consulter son soignant.

D’autre part, et cela est valable pour tous, il ne faut pas hésiter à consulter un psychologue en ligne. De nombreux professionnels ont adapté leur cadre de travail (consultations par visio ou téléphone), et des plateformes sécurisées existent même spécialement pour cela. Cette période est suffisamment anxiogène pour s’autoriser à consulter, même si on ne l’a jamais fait, et voir un psychologue n’est pas signe de faiblesse et encore moins de folie (comme on entend souvent, malheureusement).

Poursuivre son travail psychothérapeutique entamé avant le confinement est également important, et de nombreux thérapeutes adaptent leurs tarifs en fonction de la situation de leurs patients (chômage partiel, absence de revenus, etc.).

Voici quelques conseils pour préserver un maximum son bien-être psychologique 

  • Mettre en place une routine est essentiel. Cela donne un cadre, et structure la journée, surtout si la personne ne travaille pas. Le fait de veiller à son hygiène quotidienne, manger à heure fixe, se laver, etc. contribue également à une bonne image de soi et à une estime de soi positive.
  • Les pratiques corporelles (yoga, méditation, sport …) sont très aidantes, pour se détendre, se dépenser, calmer le mental, sécréter des endorphines (les hormones du bien-être), lâcher les émotions, mais également pour se maintenir en forme physiquement. De nombreux coachs et professeurs proposent des cours en ligne.
  • Une alimentation variée autant que faire se peut est également conseillée. Un terrain renforcé et sain permet de prévenir les désagréments physiques de manière générale.
  • Rester éloigné des réseaux sociaux est essentiel. Ces derniers, de par les informations contradictoires et les angoisses massives des uns et des autres qu’ils véhiculent, peuvent être particulièrement anxiogènes. Il est important de s’informer, certes, mais de se préserver également. Je conseille donc d’éviter de les consulter trop souvent.

Cette période est donc très dense, très intense pour tous. Les répercussions psychologiques qu’elle a sur chacun sont potentiellement très fortes. Il est donc essentiel de se tourner vers soi-même, de s’écouter, de se préserver un maximum, et de se faire aider.

L’après confinement sera probablement très dense également, et les différentes démarches thérapeutiques initées durant cette période devront pour beaucoup être poursuivies par la suite.

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